Les algues ne sont pas le problème, elles en sont le signe
Une invasion d'algues n'est jamais un problème d'algues. C'est un symptôme. Les spores sont présentes dans tous les bacs, en permanence ; elles ne se développent que lorsque les conditions le permettent. Retirer les algues à la main sans corriger la cause revient à écoper un bateau percé.
Trois facteurs les nourrissent : un excès de nutriments, un éclairage inadapté et un brassage insuffisant. Presque toutes les invasions se ramènent à l'un des trois, souvent aux trois ensemble. Le travail consiste donc à identifier le type d'algue, ce qui renseigne sur la cause, puis à corriger cette cause avant de nettoyer.
Reconnaître le type d'algue
Un voile brun poudreux qui recouvre le sable et les vitres dans les premières semaines : ce sont des diatomées. Elles se nourrissent de silicates, apportés par l'eau de remplissage ou libérés par un sable neuf. C'est un passage quasi obligé sur un bac jeune, et elles disparaissent seules en deux à trois semaines. Ne traitez pas, patientez.
Un film gluant rouge, violacé ou brun foncé, qui se décolle en plaques et emprisonne des bulles de gaz : ce sont des cyanobactéries. Ce ne sont pas des algues mais des bactéries photosynthétiques. Elles signalent presque toujours un excès de nitrates et de phosphates couplé à des zones de brassage mort. C'est le cas le plus fréquent sur les bacs de six mois à deux ans.
Des filaments verts qui s'accrochent aux roches et s'allongent en touffes : algues filamenteuses. Excès de nutriments et éclairage trop intense ou trop long.
De petits pinceaux noirs très durs, ancrés dans le calcaire : algues buissonnantes. Les plus tenaces. Elles apparaissent sur des bacs à KH instable et à éclairage vieillissant.
Une croûte verte dure sur les vitres, impossible à essuyer : algues encroûtantes. Elles sont normales et signent un bac en bonne santé. Un racloir suffit.
Faire le diagnostic avant de traiter
Commencez par tester. Nitrates et phosphates d'abord, ce sont eux qui alimentent 90 % des invasions. Un phosphate au-dessus de 0,1 mg/l ou un nitrate au-dessus de 20 mg/l explique à lui seul une prolifération.
Vérifiez ensuite l'eau de remplissage. Si votre osmoseur laisse passer des nitrates, des phosphates ou des silicates, vous rechargez le bac à chaque compensation d'évaporation. Changez les cartouches et mesurez l'eau produite, pas seulement l'eau du bac.
Examinez l'éclairage. Une durée supérieure à dix heures, une intensité trop forte pour la population, ou des ampoules en fin de vie dont le spectre a dérivé vers le rouge : tout cela favorise les algues au détriment des coraux.
Enfin, observez le brassage. Passez la main derrière les roches et dans les angles. Là où l'eau ne circule pas, les détritus s'accumulent et se minéralisent en nutriments. Les cyanobactéries s'installent exactement à ces endroits.
Le protocole de traitement, dans l'ordre
Réduisez les apports en premier. Nourrissez moins et mieux, aspirez les détritus du sable lors des changements d'eau, nettoyez vos masses filtrantes plus souvent. Une masse filtrante saturée est une usine à nitrates.
Abaissez ensuite les nutriments présents. Le charbon actif capte les composés organiques dissous et éclaircit l'eau. Les résines anti-phosphates ciblent spécifiquement les phosphates. Placez-les dans un réacteur à médias pour maîtriser le débit et éviter l'abrasion, et introduisez-les progressivement : une chute brutale des nutriments stresse les coraux autant qu'un excès.
Corrigez l'éclairage. Réduisez la photopériode à huit ou neuf heures, baissez l'intensité de 20 % pendant quelques semaines, remplacez les tubes ou les LED en fin de vie.
Améliorez le brassage. Réorientez une pompe vers les zones mortes, ajoutez une pompe si nécessaire. C'est souvent l'intervention la plus efficace contre les cyanobactéries, et la moins coûteuse.
Renforcez l'apport bactérien. Une population bactérienne dense consomme les nutriments que convoitent les algues et occupe le terrain avant elles. C'est un levier trop souvent négligé.
Nettoyez en dernier, une fois les causes traitées. Siphonnez les cyanobactéries plutôt que de les brasser, arrachez les filaments à la pince, raclez les vitres. Sans cette étape les algues mortes se décomposent et relâchent leurs nutriments dans le bac.
Les quatre erreurs qui font durer le problème
Ne comptez pas sur un traitement chimique anti-algues seul. Il élimine la manifestation en quelques jours, la cause reste, et l'invasion revient plus forte.
Ne visez pas le zéro nutriment. Un bac à zéro nitrate et zéro phosphate donne des coraux blanchis. La cible reste 2 à 10 mg/l de nitrates et 0,02 à 0,08 mg/l de phosphates.
Ne changez pas tout en même temps. Modifier l'éclairage, ajouter du charbon et doubler les changements d'eau la même semaine rend impossible d'identifier ce qui fonctionne.
Ne vous impatientez pas. Une cyanobactérie bien installée demande trois à six semaines pour disparaître, même avec un protocole correct.
Un doute sur le diagnostic ? Venez avec une photo
Identifier une algue sur photo n'est pas toujours simple, et le traitement change du tout au tout selon le diagnostic. Passez à la boutique de Beauvais avec une photo de votre bac et vos derniers relevés : Dimitri vous dira à quoi vous avez affaire et par quoi commencer.